SITE EN CONSTRUCTION
Le document le plus ancien retrouvé dans les archives de l’Harmonie de Trévoux date du 3 juin 1829. Il a pour titre « Société Musicale de Trévoux. Règlement ».
Dans son préambule les objectifs de la société sont indiqués :
« Les soussignés, Musiciens amateurs de la Ville de Trévoux, dans l’intention de participer mutuellement à la création d’une société musicale, ont donné leur approbation aux articles réglementaires qui suivent… »
On prévoit la nomination d’un Chef de Musique, d’un Secrétaire et d’un Trésorier. Il est prévu de louer une salle pour les répétitions qui auront lieu tous les jeudis à sept heures du soir et qui dureront au moins deux heures.
Un système rigoureux d’amendes est instauré pour décourager l’absentéisme et les retards des musiciens aux répétitions : on ne plaisante pas !
Après chaque réunion un compte-rendu est rédigé, les amendes sont notées et les consignes pour les manifestations sont indiquées.
Par exemple, le compte-rendu du 3 novembre 1829 indique :
« la séance a été ouverte par la lecture faite par le secrétaire de la société d’une lettre à lui adressée en cette qualité, par M. le maire de la ville de Trévoux : Monsieur, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien inviter de ma part la Société d’amateurs de musique dont vous êtes le secrétaire à assister à la messe solennelle qui sera célébrée dans l’église de cette ville le jour de la fête du roi. Si messieurs les musiciens veulent bien faire partie du Cortège qui se rendra à l’église à Dix heures précises du matin, ils pourront se placer à la tête de la Compagnie des Sapeurs pompiers… Il a été décidé à l’unanimité et immédiatement que la Société se rendrait à la messe, à l’heure indiquée, après s’être préalablement réuni au lieu ordinaire des séances, à neuf heures un quart… Relativement au point de savoir si la société accompagnerait le Cortège des autorités à la tête des sapeurs pompiers, un scrutin secret a été ouvert. Il a donné pour résultat dix suffrages pour la négative et cinq pour l’affirmative. En conséquence il a été résolu qu’on se rendrait purement et simplement à la messe…».
Pour la fête de Sainte Cécile, la patronne des musiciens, en 1829, les musiciens de Trévoux ont invité leurs collègues de Villefranche-sur-Saône :
« pour se rendre à l’hôtel de l’Ecu de France où un banquet attendait tous les amateurs. Le son bruyant des instruments a annoncé publiquement le moment heureux où allait être réunie cette société d’amis et de frères… Le milieu du festin a été marqué par des valses exécutées en musique militaire. A huit heures du soir, moment fixé pour l’ouverture du bal qu’elle donnait, la Société, éclairée dans les rues de la ville par des torches embrasées, s’est rendue dans la salle de danse au Wauxhall, en exécutant des airs choisis… » (Compte-rendu du 25 novembre 1829)
Le bal s’est terminé vers quatre heures et demie du matin, les musiciens savent et aiment faire la fête !
Le 7 avril 1830 :
« Tous les membres étaient présents, on a fait part à la Société du désir de M. le Curé de cette ville, manifesté à M. le Trésorier… de faire de la musique, à l’église paroissiale pour le Jour de Pâques et le lendemain, au début. Tous ont été d’un avis approbatif, unanime. En conséquence il a été arrêté que samedi prochain il y aurait réunion musicale afin de choisir les morceaux convenables à exécuter. »
Dans le Journal de L’Ain du 13 octobre 1829, on peut lire le compte rendu suivant :
« Le 29 septembre, jour de la naissance de M. le duc de Bordeaux, a été a Trévoux l’occasion d’une fête royaliste : trente enfants des familles les plus notables de la ville ont été réunis chez le sous-préfet, pour y être témoins de l'inauguration d'une statue du jeune prince espoir de notre avenir. […] Pendant la messe, la musique des pompiers avait exécuté des airs convenables à cette pieuse solennité […] »
Dans l'édition du 17 octobre 1829, on peut constater que les musiciens de Trévoux étaient déjà pointilleux sur la façon dont on pouvait parler d’eux :
« Au Rédacteur, […] Je vous ferai observer que la Société musicale de Trévoux est tout à fait indépendante, qu’elle n’appartient à aucune corps et n’est entièrement composée que d’amateurs. […] Un Membre de la Société musicale de Trévoux.
Note du rédacteur : l'article dont il s'agit est extrait de la Gazette de France ; C’est son correspondant qui a commis l'erreur, d'ailleurs de fort peu d’importance. »
Un document daté du 9 juin 1829-27 décembre 1833 ? donne l’« État nominatif par Musicien composant le corps de Musique de la Garde nationale de Trévoux » : il y a une petite clarinette, sept clarinettes, quatre cors, une petite flûte, une trompette, un basson, un trombone, un ophicléide, une grosse caisse, une cymbale, un chapeau chinois.
On retrouve les mêmes noms sur la liste des musiciens de la Garde nationale et dans les comptes-rendus de la Société musicale : Brun, Lecureux, Guinguand, Berthollet, par exemple.
La Garde nationale est une milice bourgeoise créée pendant la Révolution pour contrôler les débordements populaires. Désarmée sous Napoléon, elle reprend du service sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Elle fut un élément déterminant pour la réussite ou l’échec des insurrections. La Garde nationale est supprimée le 30 août 1871 par Thiers suite aux événements de la Commune. (Source : linternaute.com/histoire/garde nationale)
« Le dimanche 10 juin 1830, la société (musicale de Trévoux) s’est réunie dans le but de donner à M. Claudius Bradet une sérénade à l’occasion de sa fête. Tous s’y sont présentés…Le secrétaire a fait lecture à la Société d’une lettre adressée à M. le chef de musique par M. Raffin en sa qualité de maire de la ville de Trévoux, en suite de laquelle la société était priée de donner une sérénade à M. le Comte de Belbeuf, président de la Cour Royale de Lyon… »
Après le 27 octobre 1833, on n’a plus trace des comptes-rendus de séances de la Société Musicale de Trévoux. Les archives de l’Harmonie de Trévoux conservent une photo de 1890 qui porte le titre « Fanfare Trévoux », on compte alors 48 musiciens.
Les musiciens de Trévoux participent à de nombreux festivals : Nantua en 1863, Givors en 1879, Châtillon en 1882, Lyon en 1885, Montbrison en 1887, Genève en 1890, Marseille en 1893 et sans doute, d’autres encore.
Des extraits du Journal de l’Ain du 1864 donnent les détails de deux manifestations d'importance.
En mai, la Fanfare de Trévoux et la société chorale de Trévoux participent au concours musical de Lyon :
« Partout, dit le Courrier de Lyon, mais principalement sur la place Bellecour et dans la rue Impériale, le spectacle de cet immense cortège occupant au moins deux kilomètres et demi d'étendue, des deux cent cinquante bannières de toutes forme et de couleur, des maisons pavoisées de drapeaux tricolores, (… ) ce spectacle a été magique et dépassé tout ce que nos souvenirs lyonnais peuvent nous rappeler en ce genre. »
Le dimanche 7 août 1864, la ville organisait un grand festival avec quinze chorales, trente fanfares et plus de mille participants.
« À onze heures et demie, le défilé a commencé. Le cortège était ouvert par un piquet de de gendarmes à cheval et terminé par un peloton de gendarmes à pied. Les rues par lesquelles devaient passer les sociétés étaient pavoisées et ornées avec goût. La rue du Palais était bordée de chaque côté de pins sylvestres reliés entre eux par des guirlandes de verdure, chargées de lanternes vénitiennes pour les illuminations du soir. Huit arcs de triomphe étaient élevés sur les principaux points du parcours : de grands mâts vénitiens se dressaient sur la place de la Terrasse et faisaient voir au loin les armes des villes de Bourg et de Lyon. Partout ailleurs, on apercevait des emblèmes allégoriques. »
Lors de l’assemblée générale de l’Harmonie Municipale, le 13 février 1939, Jean Bertrand, deuxième vice-président, fait une conférence sur l’ancienne fanfare pendant la période 1879 – 1900. En voici des extraits :
« L’orateur rend un chaleureux hommage à deux sociétaires encore présents : Messieurs J-B Breyton et Pouget… Dès le 15 janvier (1879), la société était formée sous le nom de « Fanfare de Trévoux » un règlement qu’on trouverait de nos jours plutôt draconien, était établi. Des amendes allant jusqu’à 5 francs pleuvaient en abondance. La bannière ne devait jamais sortir ou rentrer sans avoir reçu les honneurs. Parmi quelques signataires de ce règlement, Messieurs Saint-Didier, Josso, Sorgue, Telly, Vianney, Cornier, Jarlat, Meunier, Litaud, Girard. Le Président était M. Guillot, le vice-président M. Vianney, le Directeur M. Guerrier.
Le 21 mai 1882, la fanfare participait au concours de Châtillon-sur-Chalaronne, et cela avec succès ; M. Daval, sous-préfet, offrait une médaille de vermeil. Quelque temps après, la société participait à l’inauguration de la ligne de chemin de fer. En 1883, léger incident au sujet de la participation du 14 juillet, les musiciens n’aiment pas recevoir des ordres ! Mais tout s’arrange, la fanfare apportera son concours à la fête…
Mai 1885, le concours de Tournus ; mais là-dessus silence ! Ce ne fut ni un triomphe ni même un succès ! Il fallait une revanche ; la même année l’on repartait pour le concours de Lyon avec un nouveau chef, M. Casset… Après cela, M. Perret prenait la baguette. En février 1886, encore un nouveau chef : M. Chabert. Quelle consommation !
En décembre 1886, M. le Docteur Bollet devenait président. Le 6 mars 1887, Place de la Terrasse, un brillant concert artistique avait lieu sous une immense rotonde ; 1100 personnes s’y pressaient…
Le 2 mai 1888, M. Chabert était « débarqué » et remplacé par M. Mornay. En septembre 1892, M. Perret devenait directeur. En 1893 M. Mornay revenait.
Le 19 mars 1895, la fanfare de Trévoux recevait le Président de la République à Sathonay. En novembre 1895, M. Passaquay remplaçait M. Bollet à la présidence.
Puis en mai 1900, un procès-verbal ressemblant à un acte de décès, consignait la résolution prise par l’assemblée, la dissolution de la fanfare de Trévoux.
C’était tout de même triste et décevant, après une si longue période de succès et de belles activités. Malgré la vie calme d’avant-guerre les sociétés connaissaient quelquefois des temps agités ! »